Le Bourgeois Gentilhomme

Comédie-Ballet donnée par le Roi à toute sa Cour dans le château de Chambord
octobre 1670

 

 

Comédie-ballet en cinq actes, mais qui, en 1670 quand elle fut présentée, n'en comptait que trois. Elle se termine par le Ballet des Nations. Les textes sont de Molière, et la musique de Lully. Cette fois la musique et les chansons s'intègrent si parfaitement au texte de la comédie qu'il devient difficile de démêler ce qui appartient à l'un ou l'autre. Les musiciens sont sur la scène en même temps que les acteurs et participent au déroulement de la pièce. 

Le contexte historique.  La France, seul pays occidental allié de la Turquie depuis le début du XVIe siècle, avait récemment changé ses appuis, ce qui avait jeté un froid dans les relations entre les deux pays. Désireux de rétablir des relations diplomatiques normales, le Sultan envoya un ambassadeur, Soliman Aga. La visite diplomatique, pour de nombreuses raisons, vira rapidement à l'aigre. Le Roi de France, croyant recevoir un très haut personnage, avait déployé un faste incomparable, que son interlocuteur, prenant cela non pour un honneur qu'on lui faisait mais comme une provocation, feignit de ne pas remarquer, observant par ailleurs que le cheval du sultan quand celui-ci se rendait  à la prière du vendredi était plus richement harnaché. Le roi, voyant la réaction de l'ambassadeur, et apprenant par la suite que celui-ci n'était qu'un fonctionnaire et pas le grand Prince qu'il croyait recevoir, s'en trouva assez mortifié. Le Chevalier d'Arvieux, dans ses Mémoires écrivit : "Sa Majesté m'ordonna de me joindre à messieurs Molière et de Lully  pour composer une pièce de théâtre où l'on pût faire entrer quelque chose des habillements et des manières des Turcs.... Je fus chargé de tout ce qui regardait les habillements et les manières des Turcs."

Le Bourgeois Gentilhomme

L'ouverture fait par un grand assemblage d'instruments.

 Acte I  

Scène I - Les personnages en scène sont le Maître de musique, le Maître à danser, trois musiciens, deux violons et quatre danseurs. Le livret explique : Dans le PREMIER ACTE, un Elève du Maître de musique compose sur  la table un air que le Bourgeois a demandé pour une sérénade. Ils parlent de leur métier, de leur client.

Scène II - Aux personnages précédents s'ajoutent monsieur Jourdain, le bourgeois, et ses valets. Une musicienne chante au bourgeois l'air que l'on a composé :"Je languis jour et nuit et mon mal est extrême". S'ensuit une discussion sur les vertus de la musique et de la danse à la fin de laquelle le Maître de musique propose de montrer à monsieur Jourdain un petit essai qu'il a fait des diverses passions que peut exprimer la musique. Vient la succulente répartie du Maître à danser à Monsieur Jourdain qui demande pourquoi il est toujours question de bergers, et qui, par une boutade, reflète la réticence du public de l'époque pour les tragédies en musique :
" Lorsqu'on a des personnes à faire parler en musique, il faut bien que, pour la vraisemblance, on donne dans la bergerie. Le chant a été de tout temps affecté aux bergers ; et il n'est guère naturel en dialogue que des princes ou des bourgeois chantent leurs passions". Cette phrase sert d'introduction à un :

Dialogue en musique, mettant en scène ces fameux bergers (une musicienne et deux musiciens). Le Maître de musique propose ensuite de montrer son art, et le premier acte se clôt sur :

Une danse, qui fait le premier Intermède.

 Acte II  

Scène I - Monsieur Jourdain, Maître de Musique, Maître de danse, Laquais.
Le Maître de musique explique à monsieur Jourdain ce qu'il faut pour faire un concert de musique  chez soi. Nouveau savoureux dialogue:
Maître de Musique : Sans doute. Il vous faudra trois voix : un dessus, une haute-contre, et une basse qui seront accompagnées d'une basse de viole, d'un théorbe, et d'un clavecin pour les basses continues, avec deux dessus de violon pour jouer les ritornelles.
Monsieur Jourdain : Il y faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me plaît, et qui est harmonieux.
Est-il besoin de préciser que le son de la trompette marine, très peu raffiné n'était jamais utilisée pour les concerts de musique d'agrément. Elles étaient réservée à la musique militaire.
Vient le tour du Maître à Danser qui enseigne le menuet à Monsieur Jourdain. La scène du la la la était devenue très célèbre.

Scène II, III, IV - D'autres maîtres font leur apparition et enseignent leur spécialité ; armes, philosophie. Il n'y pas de musique.

Scène V - Le Tailleur fait son entrée. Six garçons habillent monsieur Jourdain en musique. Monsieur Jourdain leur donne un fort pourboire. Pour manifester leur joie, les tailleurs dansent. Dans la première version, c'était la fin du premier acte.

Ballet des tailleurs qui sert d'Intermède.

Acte III  

Un acte d'une longueur démesurée et qui fait avancer l'intrigue. On y voir monsieur Jourdain moqué par ses proches. On y découvre sa fille, amoureuse d'un certain Cléonte, dont Jourdain ne veut pas comme gendre parce qu'il veut faire de sa fille une marquise. L'acte se termine par la danse des cuisiniers qui apportent le festin que Jourdain veut offrir à une dame de qualité.

Ballet des Cuisiniers qui constitue le troisième Intermède.

Acte IV

Scène I - Le repas. La musique y apparaît sous la forme des chansons à boire: "Un petit doigt, Philis, pour commencer le tour", "Buvons, chers amis, buvons".

Scènes II, III, IV - Scènes qui préparent la principale : l'arrivée du Grand Turc (Cléonte déguisé).

Scène V - Arrivée des Turcs.

Cérémonie des Turcs, dansée et chantée en plusieurs endroits. Elle forme le quatrième Intermède. Cérémonie pour anoblir Jourdan. Avec les airs "Se ti sabir", "Mahametta per Giourdina", "Hu la ba ba la", ect.

Acte V  

Le bourgeois anobli par les Turcs donne sa fille en mariage au fils du Grand Turc, et toute la comédie finit par un grand ballet qui avait été préparé, et qui est Le Ballet des Nations.

Le Ballet des Nations

Première Entrée

Dialogue des Gens qui en musique demandent des livres - Un homme qui vient distribuer les livres du ballet est sollicité par tous les spectateurs qui veulent en obtenir  un exemplaire - Ces gens représentent différents type sociaux et régionaux , puis par trois Importuns.Tout la scène est chantée.

Seconde Entrée 

Les trois Importuns dansent.

Troisième Entrée 

Les Espagnols. Trois Espagnols chantent "Se que me muero de amor". Puis six Espagnols dansent. Nouvelle chansons de trois musiciens espagnols, "Ay ! que locura, con tanto rigor".

Quatrième Entrée 

Les Italiens. Une musicienne italienne fait le premier récit : "Di rigori armata il seno". Après qu'elle a fini de chanter, deux Scaramouches, deux Trivelins et un Arlequin représentent une nuit à la manière des comédiens Italiens, en cadence. Puis, un musicien italient se joint à la musicienne pour chanter "Bel tempo che vola". Après le duo italien, les Scaramouches, Trivelins dansent une réjouissance.

Cinquième Entrée 

Les Français.
- Premier Menuet : Deux musiciens poitevins dansent et chantent "Ah ! qu'il fait beau sous dans ces bocages !". Un autre musicien apparaît et chante "Le Rossignol, sous ces tendres feuillages".
- Second Menuet : choeur des Poitevins "Vois, ma Climène, vois sous ce chêne".
Six autres Français viennent après, vêtu galamment à la poitevine, trois en hommes et trois en femmes, accompagnés de huit flûtes et hautbois, et dansent les menuets.

Sixième Entrée 

Tout cela se finit par le mélange des trois nations, et les applaudissements en danse et en musique de toute l'assistance, qui chantent les deux vers qui suivent :

Quels spectacles charmants, quels plaisirs goûtons-nous !
Les Dieux mêmes, les Dieux n'en ont point de plus doux
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